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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 19:55

(Merci pour les commentaires adorables pour le début, en espérant que la suite vous plaise autant ! La Part 1 ==> http://la-baroncrapo-compagnie.over-blog.com/article-la-petite-fille-rousse-et-le-monstre-tentacules-part-2-122513641.html)

 

_ Je n'ai pas envie, et il faut que je rentre !

 

_ Je t'ai pourtant offert les fruits et plantes que tu voulais, te baigner dans mon eau n'est pas grand chose en retour. »

 

Avec la chaleur et les efforts, elle était coulante de sueur, et ce lagon a l'eau la plus douce de l'île. S'il était bien une personne qui le savait c'était elle. Nul autre ne s'y était jamais risqué. C'est le Monstre Tentacules qui lui-même demandait, qui y trouverait quoi que ce soit à redire. Elle se déshabilla entièrement et plongea. Nager sous cette eau claire, y voir le soleil à travers, elle profita de chaque instants.

 

« _ Mon lagon n'est-il pas le plus agréable de l'île ?

 

_ C'est le cas, il est triste qu'il soit interdit.

 

_ Il en va du choix de chacun d'en profiter. C'est les tiens qui ont décidé de cet interdit.

 

_ Cela ne vous dérangerait pas de nous voir ici ?

 

_ Bien au contraire, la compagnie des hommes m'est agréable, tant qu'ils respectent ce lieu.

 

_ Pourquoi les anciens nous ont-ils interdit de venir ? Vous êtes le protecteur de l'île...

 

_ La peur sans doute, je suis un Dieu après tout.

 

_ Mais quand vous leurs dites ?

 

_ Ils refusent de m'entendre, tu es la première à m'écouter, me répondre. Je suis très seul...

 

_ Voulez-vous que je vienne plus souvent ?

 

_ J'en serais heureux... »

 

Leilani sortit de l'eau, ses cheveux roux plaqués contre son dos, elle profita d'une légère bise et du soleil pour se sécher quelques minutes avant de remettre ses vêtements.

 

« _ Les villageois ont-ils fini par t'accepter maintenant que tu es une femme ?

 

_ Ils... Ce n'est pas facile pour eux, car ma peau de lait, mes cheveux de feu, mes yeux d'émeraudes sont toujours uniques. Ils me gardent à distance mais ne me rejettent plus...

 

_ Tes parents ne t'aident pas ?

 

_ Mes parents... Ils ont honte...

 

_ Nous somme pareils. Rejetés et seuls car nous sommes différents.

 

_ Oui... C'est vrai... »

 

Elle partit avec son gros panier qu'elle traînait au sol, méditant sur les paroles du Monstre Tentacules. Il n'avait pas tort. Tous deux étaient seuls, chacun de son côté, chacun à sa manière. Arrivée au village, elle apporta comme à son habitude les denrées dans la hutte collective. Il y avait des mois que personne n'avait vu de si beaux et gros fruits, de si belles patates. Alors qu'on allait pour une fois la féliciter, une femme reconnut le panier... De là tout alla très vite. On cria au sacrilège, mit Leilani en isolement, le conseil se réunit pour acter sur son cas. Pour la matriarche, ce fut la goutte d'eau, la mauvaise nouvelle et la colère des villageois l'emportèrent, sa vie s'éteignit ce soir là.

 

Il fallut plusieurs jours entre les funérailles et les palabres pour statuer sur le sort de Leilani. Même ses propres parents validèrent la sentence, par peur de représailles de ne pas suivre la meute ou par croyance, nul ne le saura vraiment. Le sacrifice se ferait le soir de la prochaine pleine lune. Elle essaya de dire que le Monstre Tentacules lui avait permit, personne ne la crut. Durant la semaine qui suivit, il n'y eut aucune amélioration, il ne restait que très peu de nourriture et les pêcheurs partaient de plus en plus longtemps en mer pour très peu de résultat. Tout cela ne fit qu'accabler encore plus Leilani.

 

La nuit tombait, tout le village s'était donné rendez-vous devant la hutte du conseil. Leilani, attachée devançait un bien long cortège munie de torche. La marche se fit dans un grand silence, elle s'était résignée. Sur cette île on ne peut fuir bien loin bien longtemps, surtout lorsqu'on a tout un village en colère qui vous poursuit. Il n'y avait pas un nuage, la lune était haute et pleine. Sur les eaux du lagon se reflétait un ciel étoilé. Ils avaient préparé une petite barque, légèrement lestée, un peu trouée. On attacha Leilani au fond de celle-ci, puis on la poussa vers le cœur du lagon. Certains se dirent qu'ils n'auraient jamais du faire cela, d'autre espéraient très fort que cela serve à quelque chose. Aucun d'entre eux ne prenaient de plaisir à cette situation.

 

L'embarcation d'infortune n'avançait pas vite. Leilani, prise de panique se secoua dans la barque sentant l'eau s'immiscer tout autour d'elle. Elle ne pouvait pas crier, les villageois n'auraient pas supporté ses suppliques, ils avaient bien pris soin de la bâillonner. Tout ce qu'elle obtint de sa lute, fut un moins long supplice, l'eau s'infiltra plus vite, elle coula. C'est alors qu'une voix se fit entendre, juste pour elle...

 

« _ Leilani, tu es revenue me voir ?

 

_ Venir ce soir n'était pas mon choix mais celui des villageois qui souhaitent que je me noie.

 

_ Qu'as-tu fais de si grave pour un tel châtiment ? Est-ce parce que tes cheveux sont de feu, ta peau de lait et tes yeux d'émeraudes ?

 

_ Tous nos malheurs me sont imputés, de la disette à la tempête. Quand j'ai ramené le panier des denrées d'ici récoltées ils ne m'ont pas écoutée et m'ont enfermée.

 

_ Ne leur as-tu pas dit que c'était mon cadeau ?

 

_ Je n'ai pu leur en apporter la preuve...

 

_ Ferme les yeux, viens à moi... »

 

Sur la berge, un silence pesant, les yeux écarquillés tout le monde avait retenu sa respiration en voyant les bulles se raréfier. Le lagon refléta de nouveau le magnifique ciel étoilé et cette lune blanche. Il n'y avait plus rien à voir, tout le monde retourna au village, ils n'étaient pas fiers. Chacun s'enfermant chez soi tentant d'oublier cette funeste nuit.

 

Le lagon cachait un petit secret, une grotte sous-marine. C'est là que la barque où Leilani était nouée fut attirée. Elle ouvrit les yeux, il faisait noir, pas une once de lumière. Ses liens étaient défaits et sa bouche libérée. Elle dit :

 

« _ Où suis-je ? Êtes-vous là ?

 

_ Tu es dans ma grotte, je t'y ai amenée avant que tu ne sois noyée.

 

_ Mais sans mon sacrifice les malheurs ne s'arrêteront pas ?

 

_ Je suis le Dieu de l'île et non du monde, ce qui vous touche est hors de ma portée, le lagon et la nature qui l'entoure sont là pour vos difficultés. Quant à un sacrifice, comment t'expliquer que ce qui ne nous appartient pas ne peut être sacrifié.

 

_ Les villageois sont-ils condamnés ?

 

_ Si la raison ne leur vient pas, ce sera peut-être le cas. Puis-je m'approcher de toi ?

 

_ Il fait si noir je ne vous distingue pas...

 

_ As-tu peur de moi ?

 

_ Non... On vous appelle le Monstre Tentacules mais vous êtes bon. Vous m'avez sauvée et ne semblez pas me vouloir du mal. »

 

Tout Dieu qu'il était, une certaine forme de timidité l'envahit. De la visite il n'en avait jamais eu, et Leilani ne le laissait pas indifférent. Il s'approcha d'elle, assez pour qu'elle sente son souffle sur son cou lorsqu'il reprit la parole.

 

« _ Je peux te toucher l'épaule ?

 

_ Si je peux toucher la votre en retour, être la première à toucher un Dieu n'est pas pour me déplaire. Mais avant tout j'aimerais vous voir...

 

_ Pour les ténèbres écarter, avance tout droit lentement et dès que tu sentiras la parois, frotte la ardemment, c'est une roche qui rayonne lorsqu'on la frictionne. »

 

Elle ne se fit pas prier, la lumière rendra l'atmosphère bien plus sécuritaire. Elle se leva et se dirigea à tâtons, tout droit, jusqu'à toucher la paroi. C'est avec maladresse qu'elle se déplaça dans le noir, trébuchant et titubant. Les bras tendus, les pieds se relayant pour parcourir quelques centimètres chacun. La roche n'était pas aussi humide qu'elle s'y attendait. Elle passa la main dessus et une légère luminescence se fit. Amusée elle frotta partout, suivant la paroi sur toute la grotte et sans jamais se retourner. La grotte marine était un peu à l'image du lagon, une demi lune de roche au bord de l'eau. Lorsqu'elle eut fini elle se retourna pour le voir.

 

Près de la barque se tenait sur un rocher une pieuvre à sept tentacules. Il n'avait rien de différent avec une autre pieuvre si ce n'est son regard. Celui d'un être supérieur, sans peur ni agressivité. Elle ne savait pas trop comment réagir et il lui était difficile de faire la part des choses, car c'était un animal. Elle alla vers lui et prenant son courage à deux mains, en tendit une pour lui toucher la tête.

 

« _ N'as tu pas peur maintenant que tu me vois ?

 

_ Non je ne sens pas d'agressivité...

 

_ À mon tour je peux te toucher ?

 

_ Je vous l'ai déjà accordé. »

 

Il ne décrochait pas de ses yeux et souleva un de ses tentacules. Il passa d'abord sur son pieds remontant lentement sa jambe, parcouru sa cuisse et son bras qui pendait là, remonta l'épaule et finit par son visage qu'il explora méticuleusement. Il retourna à sa main qu'il voulut comme il put saisir.

 

« _ Me vois-tu comme un monstre ?

 

_ Vous avez l'apparence d'un animal, et parlez comme un humain des plus sages, je ne trouve pas cela monstrueux.

 

_ Pourrais-tu m'aimer ?

 

_ Je pourrais peut-être...

 

_ Mon aspect est-il en cause ?

 

_ Il est bien difficile de le nier, je pourrais vous aimer, comme un ami...

 

_ Si tu fermais les yeux, serait-ce plus simple ?

 

_ Je ne sais... »

 

Abandonnée des siens elle était un peu perdue enfermée avec lui dans cette grotte. Déboussolée elle ferma les yeux, possible qu'il faudrait en passer par là pour le sacrifice. Elle ressentait les pensées du Dieu, l'amour et le désir qu'il ressentait pour elle la pénétrait. Cela calma toutes ses craintes et son dégoût. Elle sentit les tentacules parcourir son corps, dans son dos pour l'accueillir au sol sur un sable doux. Ses vêtements se défaisaient, la mettant à nue. Son corps sur elle se faisait plus lourd, son souffle arriva près de sa bouche, il allait l'embrasser. Elle ouvrit les yeux.

 

Leilani ne s'attendait pas à ça, pour elle, il changeait. Son corps s'humanisait. Son visage était fin, il avait la peau de lait, les cheveux de feu et les yeux d'émeraude, comme elle. Sur son sein elle vit la dernière tentacule se changer en une douce main. Il l'embrassa, elle s'abandonna.

 

Alors que le village s'enfonçait dans les malheurs et la famine, Leilani n'était plus seule, au lagon profitant de la profusion elle vécut heureuse avec son nouveau compagnon. De leur union naquit un enfant, qui comme eux avait la peau de lait, les cheveux de feu et les yeux d'émeraude.

 

FIN.

 

 

Voilà pour cette première nouvelle que je publie ici. Encore une fois merci à Mao (Lil'art) de sa gentillesse et son soutien, pour les dernières corrections et pout cette belle illustration. Merci à Chloé qui m'a inspiré cette histoire malgré elle à vrai dire et merci pour cette magnifique illustration [http://la-baroncrapo-compagnie.over-blog.com/article-la-petite-fille-rousse-et-le-monstre-tentacules-illu-122437365.html]. Peut-être un jour que je publierais en petits fascicules... 

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 22:52

 

 

À Chloé...

 

http://i57.servimg.com/u/f57/11/14/07/70/miaou_10.jpg

 

La Petite Fille Rousse et le Monstre Tentacules

 

L'histoire commence sur une île lointaine, à une époque oubliée aujourd'hui. Vivait là-bas une population pacifiste, profitant du soleil et des bienfaits que la nature leur apportait. La nourriture était abondante, les arbres regorgeaient de fruits variés aux saveurs exotiques. Plusieurs variétés de bulbes rendaient les menus consistants, la pêche complétait les repas de fêtes traditionnelles et unions heureuses. Dans ce petit paradis les habitants n'étaient jamais d'humeur à la querelle, les intempéries et disettes étaient rares. Quelques prières à leur Dieu suffisaient pour que tout aille bien dans le meilleur des monde.

 

Le Dieu unique, créateur et protecteur de leur île. Certains disaient l'avoir vu, d'autre en étaient persuadés et lui avait même parlé, mais toujours en rêve. Cela n'empêchait pas les multiples imageries différentes que les artistes se plaisaient à peindre ou à sculpter. Le plus souvent il avait l'image d'une pieuvre, parfois un peu humanisée et toujours avec ses sept tentacules. Un lagon lui était laissé à son usage personnel, nul pêcheur n'avait le droit de s'y rendre et aucune cueillette n'était permise aux alentours. On le nommait le Monstre Tentacules pour effrayer les enfants et les empêcher d'oser le déranger dans sa tanière.

 

C'est dans ce contexte idyllique que débute notre histoire, car au milieu d'une nuit de pleine lune, une naissance eut lieu. Après le bref silence qui fit suite aux suppliques de la mère, le cri d'une enfant tant désirée s'entendit à travers tout le village. Être enfin parents, ils n'y croyaient plus. Ahutiare et Petero dont l'âge avançait plus vite que la marée, avaient abandonnés tout espoir neuf mois auparavant. Ils avaient tout deux priés et pleurés devant le lagon sacré. Elle pensait avoir dépassé le temps de procréation tandis qu'il croyait ne pas être fertile. Une fois de plus leur Dieu apportait le bonheur pour chacun.

 

La matriarche leva le bébé pour le montrer à tous ceux qui avaient fait le déplacement. C'était une petite fille, cette nuit là personne ne s'étonna de la couleur trop blanche de sa peau, et de ses yeux clairs, la joie était dans les cœurs. On ne pouvait que se réjouir du bonheur de ce couple qui n'attendait plus rien... Son nom avait été choisi bien longtemps à l'avance, depuis leur rencontre où pour briser la glace ils s'étaient imaginés ensemble. Leilani sera son nom.

 

Une grande fête dédiée au Monstre Tentacules et à sa générosité fut célébrée le lendemain. Des offrandes furent apportées au lagon en abondance. La naissance fut fêtée par tous, les plus gros poissons honorèrent le menu. Du matin au soir les villageois buvaient et dansaient. Au petit jour la vie reprit son cour, chacun vaquant à ses occupations habituelles.

 

Ahutiare, un soir, en faisant la toilette de son bébé remarqua les premiers cheveux poussant sur le crâne de sa fille. Par quel prodige était-ce possible ? Sur l'île tout le monde avait les cheveux noirs comme une nuit sans lune. Cette couleur orangée ne ressemblait à rien. Comment son mari allait-il prendre cette nouvelle ? Et les villageois ? Doit-on voir là bon ou mauvais présage...

 

La Matriarche, informée, ne sut pas quoi dire. On ne pouvait rejeter un bébé innocent, malgré sa peau de lait, ses cheveux de feu et ses yeux d'émeraude. Elle leur conseilla de continuer les offrandes au Dieu, il fallait le remercier de ce cadeau, peut-être qu'en grandissant elle aurait une couleur de cheveux, de peau et d'yeux comme tout le monde.

 

Les années s'écoulèrent, de bébé Leilani devint une joyeuse enfant. Elle avait une chevelure magnifique d'un roux ardent. Des tâches de rousseurs ornaient sa peau blanche et laiteuse. Ses yeux d'un vert profond brillaient telles des pierres précieuses. Elle aimait courir, nager, grimper partout où elle pouvait. Petero devenait autoritaire, ce n'était pas dans sa nature. Dans son travail à l'entretient des huttes, il entendait souvent les gens se moquer de lui. On le regardait comme le mari de la femme qui a fauté. Elle aussi était prise pour cible des commérages pour avoir un enfant différent.

 

Avec quelle démon avait-elle couché ? Aucun animal de l'île n'avait le poil roux. Jamais de mémoire personne n'avait vu cela. Les enfants suivaient leurs parents et Leilani jouait de plus en plus souvent seule. Il fallut très peu de temps pour qu'elle devienne la cible des vilenies infantiles, les larmes devinrent son quotidien. Très vite, à chaque problème qu'un villageois rencontrait, il faisait le rapprochement avec elle. Un fruit pourri : « Oui je l'ai vue grimper à cette arbre ! ». Une pêche infructueuse : « Elle a nagé là ce matin ». Une mauvaise récolte : « Elle marche très souvent ici ».

 

Au lagon du Monstre Tentacules, jamais il n'y avait eu autant d'offrandes. Les pensées obscures habitaient les pacifiques villageois. La Matriarche dut prendre des mesures drastiques pour que le calme revienne. Après tout, il n'y avait aucun véritable problème, rien n'était inhabituelle si on mettait de côté cette étrange couleur de cheveux, cette pâleur et ces yeux vert. En surface les gens se calmèrent, faisant mine que tout allait bien mais c'était surtout pour ne pas s'attirer les foudres de la cheffe du village.

 

Un jour, Leilani se rendit au lagon. Elle savait les interdits donnés aux enfants, mais ne put s'en empêcher. Après tout, on la laissait si souvent seule et sans surveillance. C'était un des plus beaux coins de l'île. Une végétation luxuriante et généreuse, une eau transparente et des poissons nombreux et variés. Les fidèles avaient pour tradition de poser des paniers de fruit et autres offrandes avant chaque nouvelle lune et de les reprendre vide à la suivante. Parfois ils venaient prier à d'autres moments, en apportant leurs oboles pour des soucis rencontrés ou par peur de leur avenir. Les paniers finissaient vides. Qu'importe que ce soit des rongeurs, des singes ou des oiseaux qui les vident, la foi des habitants était ainsi confortée.

 

Quant elle vit cette eau si clair, elle eut envie de s'y baigner. Sachant qu'on venait rarement, elle plongea et profita de la douceur de l'eau. Le soleil était bien haut. Elle était là depuis plusieurs heures déjà quand une voix sortie de nulle part se fit entendre. Leilani, n'eut pas peur, mais se tourna dans tout les sens avant de comprendre qu'elle entendait ces paroles dans sa propre tête.

 

« _ Pourquoi es-tu là ?

 

_ Car l'eau est douce et personne ne m'embête ici.

 

_ Pourquoi t'embêterait-on petite fille ?

 

_ Parce que mes cheveux sont comme le feu, ma peau comme le lait et mes yeux comme l'émeraude.

 

_ Ceux qui sont ainsi sont-ils tous embêtés ?

 

_ Je suis la seule...

 

_ Quel est ton prénom ?

 

_ Leilani, mais je dois partir...

 

_ Reviendras-tu me voir Leilani ?

 

_ Peut-être... »

 

Bien que courageuse, elle prit un peu peur ce jour là. Le lendemain, elle ne retourna pas au lagon, et préféra rester le plus proche possible de chez elle. Il en fut de même pour tous les jours qui suivirent, les semaines, les mois, les années. Si bien qu'elle devint une magnifique jeune femme. Sa chevelure rousse était splendide, son corps svelte, sa peau immaculée, ses seins ronds et fermes. Parfois jalousée, d'autre fois désirée, personne ne pouvait rester indifférent. De son regard vert émeraude elle fascinait et nourrissait aussi les peurs. On la fuyait toujours, quand un jeune homme faisait mine de l'approcher, sa mère ou une voisine venait aussitôt lui tirer les oreilles jusqu'à bonne raison.

 

Cette année là, la nourriture se fit rare. La sécheresse suivie des tempêtes avait diminué les récoltes. L'océan n'était pas en reste, ce mauvais ami partageait de moins en moins ses ressources. Le conseil des anciens, présidé par la matriarche qui malgré sa santé fragile continuait à s'occuper de la communauté avec la même ferveur, dut se réunir à maintes reprises afin de trouver des solutions avant que les vivres ne manquent. Les dons au Monstre Tentacules avaient eux aussi diminués, certains pensaient que cette restriction entraînait davantage de catastrophes. D'autres estimaient qu'il fallait peut-être profiter des bienfaits du lagon et de ses alentours qui eux restaient prospère grâce au Dieu. Durant la dernière réunion, les mots que la matriarche refusait d'entendre furent lâchés : « Tout le monde sait que c'est depuis sa naissance que tout a commencé, il faudrait envisager un sacrifice plus grand que quelques fruits et poissons ! ». Les approbations, signes de têtes, chuchotements, ne trompèrent pas l'état général.

 

Leilani n'avait eu que très peu d'amour de ses parents. Au début tout allait bien et ils la protégeaient. Maintenant elle n'était plus une enfant, et les malheurs qui touchaient le village n'arrangeaient rien. C'était pourtant une jeune femme souriante, elle courait partout dans l'île et s'activait toujours à rapporter plus de nourriture que les autres. Personne pourtant ne la remerciait, ne la félicitait, ils l'ignoraient.

 

Un jour, elle s'approcha du lagon et de la zone où les récoltes étaient interdites. Il n'était pas évident de définir un réel espace protégé dans la foret. Elle vit un plant de patate douce et voulu en faire la récolte. Mais une voix, qu'elle avait déjà entendue étant enfant vint lui parler dans sa tête.

 

« _ Leilani, es-tu revenue me voir ?

 

_ Non... Je... Je viens prendre des patates douces et je repartirais aussitôt.

 

_ Sais-tu qu'il ne faut rien prendre aux alentours du lagon ?

 

_ Oui... Mais je croyais que... Excusez-moi, je vais en récolter ailleurs...

 

_ Viens plus près du lagon, et tu pourras prendre tout ce que tu veux. »

 

Elle hésita beaucoup car elle se souvenait d'avoir vu la matriarche, plus jeune suite à son expérience au lagon, qui lui avait dit que de mémoire orale, personne n'avait jamais entendu le Dieu parler. Plus mature, plus courageuse, elle n'était plus cette petite fille et s'approcha du lagon...

 

« _ Tu as bien grandi Leilani.

 

_ Pourquoi je ne vous vois pas ? Je peux vraiment me servir ?

 

_ Prend un des paniers vides, et récolte tout ce qui te fait plaisir. »

 

Elle n'hésita pas et remplit à ras-bord le plus grand panier qu'elle trouva sur place, pendant son ouvrage aucune voix ne l'interrompit. Une fois fini...

 

 

« _ Pourquoi ne viendrais-tu pas te baigner ?

 

La suite Mardi Prochain ! 

(Illustration de Lil'Art http://desimagesetdescases.wordpress.com/)

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