Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 20:54

[Suite et Fin de la nouvelle de Mao, encore un très très grand merci pour ce partage !! - Baron]

 

Il paraît que créer des machines intelligentes est le rêve de l’Homme. Il veut créer son égal, mais en moins faible, en plus autonome. Il veut  une machine qui accomplisse « des tâches que l’homme accomplit en utilisant son intelligence ». Il veut cette intelligence sans les émotions parasitaires, sans tout ce qui fait de l’être humain un Homme. Et peut-être même qu’il veut se livrer à cette entité sans sentiments, parce que c’est tellement plus facile de tout rationaliser. Il pense que les machines peuvent réussir là où nous avons échoué, pour tous nous réunir et nous unifier. Egaux, enfin. Vraiment. Qu’importe le prix.

Il paraît que quoi qu’on fasse, il y aura toujours des gens qui disent «  c’était mieux avant ». J’assume être de ces personnes-là. C’est ce que je pense alors que je caresse les cheveux de Gabriel, emmitouflé dans une couverture. C’est ce que je pense en me levant et me dirigeant vers la fenêtre. Le paysage en contrebas est magnifique. La forêt s’étend sous mes yeux, et je vois la ville au loin qui étincelle comme un diamant. Ils doivent se préparer consciencieusement là-bas. Nous aussi.

La puce que papa a implanté à mon petit frère il y a dix ans contient un virus capable de redonner leur liberté aux hommes. On la trouvera et on décryptera ses algorithmes. On les copiera et on les enverra sur la ville.

La révolution est en marche.

Mon monde est un monde parfait. Un monde qui sent bon le magnolia en fleur et la figue qui mûrit au soleil, un monde où tout un chacun est poli et respectueux, un monde où chaque personne se trouve sur un pied d’égalité avec son voisin. Personne n’est exclu, tout le monde est intégré. Ce monde est parfait, mais je vais tenter de le détruire.

Vous pouvez dire que ma vie craint. Ce serait vrai. Seulement j’ai retrouvé mon petit frère, il y a quelque part en lui la clé qui libérera l’Humanité, je suis une analyste hors pair et mon meilleur ami est un garçon plutôt mignon qui parle une langue étrange.

Alors que ma vie craigne, je m’en fiche un peu.


 

The radio does play / The classical music there, Jim / The march of the wooden soldiers / all you protest kids / you can hear Jack say, get ready, ah / Sweet Jane! Whoah! Sweet Jane! Sweet Jane!


 

 

FIN

Repost 0
26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 19:22

[ Hello lecteur invisible! Voici l'avant dernière partie de ma nouvelle. J'espère que tu l'appréciera! Mao. ]

 

            Six mois plus tard, mon plan s’est déroulé comme prévu. Je me suis fait embauchée par les Jeunesses Electroniques et ai très vite décroché un poste à la Maison Bleue. Ça fait presque quatre mois que j’étudie tous les plans du bâtiment, que je fais toutes les missions stupides qu’on attribue aux jeunes pour pouvoir me balader librement dans les murs, que je programme pour le Gouvernement. C’est fou de se retrouver de l’autre côté du pouvoir tout à coup comme ça. Je sens la puissance du Gouvernement dans chaque mouvement que je fais, à chaque fois que je m’assois devant mon écran d’ordinateur, lorsque je me promène ou que j’observe mes collègues. Nous avons créé notre maître, et celui-ci nous garde en cage tels des moutons obéissants. Plus question de Dieux ou autres entités immatérielles… Là, tout est bien réel et présent. Des lignes et des lignes de codes alambiqués, des bases de connaissance écrites en expressions procédurales difficiles à comprendre à la longue, tout ça nous gouverne. Mais plus pour longtemps. Car ce soir je passe à l’action. C’est ce que je me dis alors que je m’attache les cheveux dans les vestiaires mixtes de la Maison. Il faudrait que je pense à me les couper quand tout ça sera fini.

-Vi ne ĉiam trovis? Me demande X. Je sursaute et bafouille quelques mots incompréhensibles. C’est son truc, me faire peur. Cela fait cinq mois qu’il a lui aussi rejoint les J.E, et trois mois qu’il est dans la même équipe que moi. Enfin, ce serait plutôt l’inverse, car il a monté les échelons beaucoup plus vite. Il paraît qu’il est très doué. Mais moi aussi, je me défends pas mal. Et j’ai appris l’Espéranto plus vite que lui le français.

-Non, je ne l’ai toujours pas trouvé. J’y vais ce soir. Les robots Guardians se sentiront un peu bêtes vers neuf heures, et je passerai à l’action. Tu ne devrais pas rester ici cette nuit.

-Je…abandonne pas toi. Mi helpos vin.

-Si tu veux vraiment m’aider, envoie un virus aux Guardians, que je puisse sortir sans problème. Et utilise ElIott si tu veux parler français… Qu’il serve quand même un peu.

            On se sourit doucement. On a l’habitude de parler les deux langues mélangées, comme ça on est les seuls à se comprendre. Et comme de toute façon le Gouvernement a imposé le français comme langue seule et unique, les robots ne retiennent aucun de nos dialogues. Toutes les informations importantes passent en Espéranto.  C’est la faille qu’on a trouvé, chacun de son côté, et qui fait notre force une fois réunis. C’est peut-être grâce à ça qu’on vaincra.

            Vingt heures cinquante. Je trépigne. Ça fait tellement d’années que j’attends ça… La Libération. X est à son poste, dans le bureau de l’équipe qui n’est là que le vendredi et lundi, et attend patiemment que j’entre dans la pièce et lance le signal pour mettre en route son virus. Vingt heures cinquante-six. Plus que trois minutes et le Gouvernement tout entier se mettra en mode veille pour restaurer ses batteries et charger toutes les nouvelles données impossibles à gérer en étant allumé. Un jour, j’aimerais bien voir quel visage lui a donné mon père. Certainement quelque chose de bienveillant, pour illustrer à merveille son utopie. Vingt heures cinquante-huit… J’y vais. Je cours le long du couloir, tourne à gauche, puis à droite, descend le long de la rampe ouest… et me prend quelques kilos de tôle en pleine figure.

-Territoire Interdit. Vous êtes priée de quitter la zone, déclare avec difficulté un robot qui ressemble fort à R2D2 (un robot d’une très très vieille saga dont mon père a pu garder quelques images) mais en quatre fois plus grand. Les Guardians sont l’un des derniers spécimens de robots présents en ville à être encore construits en tôle. Ils offrent une bonne possibilité de protection et sont programmés pour écraser toute résistance si jamais quelqu’un venait à s’approcher trop près du Virus, contenu dans la pièce dont j’aperçois la porte. Malheureusement pour le Gouvernement, les Guardians sont aussi des robots très gentils. Ils ont tendance à vouloir aider tout le monde – je ne sais pas qui les a programmé ainsi – mais aussi une légère inclinaison au surchauffage dès qu’on leur envoie une information trop complexe.

-Territoire Interdit. Vous êtes priée de quitter la zone. Ceci est le dernier avertissement.

Je respire profondément et lance :

-Je suis désolée, j’ai perdu mes jumelles !

Ambiguïté sémantique en place. Le robot se démène, ses circuits chauffent. Il tente des associations sémantiques, mais vu le contenu de mon énoncé, il a du mal. Jumelles pour voir ou jumelles tout court? Telle est la question. D’après mon âge, je peux avoir des enfants et posséder des lunettes-pour-voir-loin. Le français est une si belle langue. Le Guardian peine pendant quelques secondes encore, puis tout son système se concentre sur le problème. Il m’oublie. Je répète l’opération trois fois, pour les trois Guardians en poste devant la porte, et pousse celle-ci au bout de cinq minutes. Il m’en reste dix avant que le Gouvernement ne s’éveille. Trois avant que les Guardians buguent totalement ou se retournent contre moi. Une avant d’appuyer sur ma mini télécommande qui enverra un signal à ElIott qui préviendra X que je suis dans la place. Je respire. Presse le bouton. Et me précipite dans la salle pour récupérer mon arme de destruction massive.

            Il est là. Ses bras sont fins, trop fins. Il a l’air d’un petit ange déchu avec ses cheveux blonds qui tombent sur son visage et yeux fermés. Si je me souviens bien, quand ils sont ouverts, ils sont bleu pilule d’Oubli. Un bleu infini. Un bleu qui donne envie de partir loin, loin de ce pays devenu fou et inhumain. Les machines l’ont gardé en vie pendant tout ce temps, ne sachant pas si elles devaient plus le craindre mort ou vivant. Elles sont prudentes. Pas assez cependant, selon moi. Il m’a été facile de trouver des failles et de les utiliser.

            J’avance doucement et passe une main sur son bras gauche. Je tire doucement pour lui retirer sa perfusion mais il gémit quand même. Je grimace et pose ma main sur sa tête dans un geste qui se veut apaisant. Seulement, un petit détail m’a échappé : cela fait environ neuf ans qu’il n’a pas senti de chaleur humaine contre lui. Ses yeux s’ouvrent brusquement et il me dévisage sans un mot. J’avais raison, ils ont la couleur des pilules d’Oubli.

-Gabriel, je chuchote. Gabriel, je vais te sortir de là. Reste tranquille.

A ma grande surprise, il m’obéit. Il me laisse passer ses bras autour de mon cou et le porter jusqu’à la porte. Les machines l’ont gardé vivant mais pas très bien nourri : il pèse moins qu’une plume contre moi. Je passe une tête dans l’encadrement de la porte et pousse un soupir de soulagement : le virus de X a fait son effet. Les Guardians se sont éteints, et connaissant le programmeur de leur mal, peut-être pour toujours.

            Il nous reste trois minutes avant que toute la Maison Bleue ne soit en effervescence. Je presse le pas. X me rejoint alors que je franchis le seuil du Hall B. Plus que quelques mètres et nous sommes libres. Plus que quelques mètres…

            Une sonnerie stridente retentit, puis une autre, et encore une autre. Les alarmes nous vrillent les oreilles et nous nous mettons à courir. C’est bientôt fini…

            Les portes descendent doucement devant nous. L’Etat d’Urgence a été déclaré, le bâtiment scelle ses sorties. Je ne sais pas si on va y arriver. Les larmes me brouillent la vue – le Hall était-il vraiment aussi long avant ? La lumière baisse progressivement. J’entends X à côté de moi qui me dit de ne pas abandonner.

- Ne rezignu, AlIs…

            Et puis j’abandonne.

Repost 0
19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 20:26

Il est dix-huit heures. Mes cours sont finis depuis longtemps et la lumière du soleil a fait ses adieux depuis trois heures déjà. Mes camarades doivent tous être devant la télé chez leurs parents, et moi je suis dehors à risquer ma vie pour eux. On ne dirait pas comme ça, mais je suis très altruiste comme fille… Je crochète la porte et arrive à désactiver l’alarme avant qu’elle ne se déclenche. L’entrepôt que je vise ce soir n’est pas très sécurisé, cela devrait être facile. Je me faufile vers la salle principale, rasant les murs de peur d’être remarquée par les caméras de surveillance. Normalement ce soir elles sont sur pause, mais on ne sait jamais. Je soupire de contentement en apercevant une lueur bleutée sur le mur en face de moi. J’arrive à destination. Mes pas deviennent de plus en plus rapides et mon souffle de moins en moins perceptible. Il faut que je me fasse plus petite qu’un acarien si je ne veux pas que les sirènes retentissent. Je parviens finalement dans l’entrepôt à proprement parler. Des dizaines de disques durs rangés dans d’immenses armoires isolantes augmentent la température de la pièce de plusieurs degrés. Je ferme les yeux quelques secondes, me remémorant le plan trouvé sur mon Internet Pirate il y a une semaine. Lorsque je les rouvre, je sais précisément où aller. Je crois bien qu’aucune caméra ne me remarque alors que je traverse l’entrepôt vers la rangée 729. C’est ma clé USB qui me trahit. Je n’ai pas dû la nettoyer assez depuis la dernière fois, ou peut-être que la sécurité a augmenté tout d’un coup, toujours est-il qu’à l’instant même où je la branche une sonnerie stridente retentit. J’ai à peine le temps de la fourrer dans une des poches secrètes d’ElIott que ma vision se trouble. Leur gaz endormant est vraiment à la pointe de la technologie…

Lorsque j’émerge, je ne me trouve plus dans l’entrepôt. Ils m’ont emmenée dans une Cellule d’Intégration. Super. Le robot qui me sert de garde ne me scanne même pas lorsque je me lève. Ils doivent avoir l’habitude finalement. Quoi que, je ne suis pas sûre qu’ils se rendent bien compte que je les ai déjà visités plus de 333 fois. Ils ne sont pas programmés pour ça.

Des robots intelligents… Ça fait longtemps que l’être humain en rêve. Il n’y a pas très longtemps, j’ai retrouvé le cours d’un certain Dominique Pastre, professeur d’informatique à l’Université Paris 5 il y a quelques dizaines de dizaines d’années. Il disait que le rêve de la machine intelligente remonte à l’Antiquité, mais qu’à ce moment-là elle était juste d’origine divine. Et puis, en 1943, les premiers ordinateurs ont fait leur apparition, et on a commencé à penser que c’était vraiment possible. En 1963, Greenblatt a créé un programme d’échecs capable de battre un joueur de niveau normal. On s’est rendu compte qu’il fallait que les programmes aient une « connaissance approfondie du domaine étudié » pour pouvoir traiter celui-ci correctement. Insertion des méta-connaissances dans l’équation. Réalisation de Systèmes Experts, dits SE, qui permettent l’utilisation de ces connaissances. Et puis mon père est arrivé, bien des années après tout ça. Un révolutionnaire. Il rêvait d’un monde uni où chacun aurait sa place. Ses contemporains se relevaient à peine de la Troisième Guerre et le sentiment commun se résumait à « plus jamais ça. ». On ne pouvait plus laisser le pouvoir aux humains, solution trop aléatoire pour l’époque. Alors on a demandé à mon père de créer un gouvernement de machines qui pourraient exercer un pouvoir juste. Les mots clés étaient Intégration – Temporisation & Reconstruction. On pensait que c’était la meilleure solution. Cependant, plus le temps a passé, plus mon père s’est rendu compte que les machines – ses propres machines- évoluaient sans lui, se dénuant d’humanité au fur et à mesure des jours passants. Alors il a créé un antidote à leur dictature : un programme capable de les détruire toutes. Un énorme virus qui emporterait tout sur son passage. Ce virus est caché quelque part, et c’est lui que je cherche depuis des années. Pour continuer l’œuvre de mon père. C’est pour ça que je fouille toutes les bases de données possibles en priant pour trouver l’endroit où est détenue cette arme de destruction massive. Et c’est pour ça que je me pique tous les jours avec une seringue contenant une solution m’empêchant d’oublier ce que le Gouvernement voudrait que j’efface grâce à leurs pilules d’Oubli. Je ne suis pas une résistante comme les autres. J’ai une mission. Et mon compagnon de cellule ne doit pas bien s’en rendre compte. Cela fait deux ans qu’on se retrouve une fois sur deux dans la même pièce, à croire qu’il passe lui aussi sa vie dans les Cellules d’Intégration. On ne s’est jamais parlé. Et pourtant, j’aimerais bien, parce que c’est le seul visage récurrent dans ma vie à part celui d’ElIott. Frustrée, les idées encore embrumées, je fais quelque chose que je ne fais jamais en public : j’enlève mon pull. Je ne jette aucun coup d’œil en arrière, sachant qu’il doit me fixer bêtement. Il se trouve que j’ai un énorme tatouage qui couvre tout le haut de mon dos, assez impressionnant. Mon père m’a dit que c’était l’une des seules pistes pour retrouver le virus, mais avant d’avoir pu m’en dire plus il a disparu, donc ça ne me sert pas à grand-chose. C’est du moins ce que je pensais, jusqu’à ce que…

- Viatatuaje.

Je me retourne brusquement vers mon compagnon de cellule. Plus de deux ans sans dire un mot et il suffit que je me déshabille pour qu’il ouvre la bouche ! J’active ElIott et réussis tant bien que mal à faire répéter le garçon. Mon tatouage. Il a déjà vu ce signe quelque part. ElIott me traduit l’Espéranto de mon compagnon à toute vitesse et je suis assez fière de lui. Je me concentre sur ce que X – puisqu’apparemment c’est son nom – me dit. Il est là depuis très longtemps. Il a vu pas mal de choses. Dont une qui m’intéresse plus particulièrement, et qui de fil en aiguille me fait déduire que…

-Tu veux dire que ce que je cherche se trouve dans la Maison Bleue ? Le Siège du Gouvernement ?

-Jes. Visimple vifaras entrepreni laregistaraj trupoj. Estasfacila.

 

Il suffit que je me fasse engager dans les troupes du Gouvernement. C’est facile, me traduit ElIott. Facile. Le plus fort… C’est qu’X a raison. Le Gouvernement a toujours besoin de plus de jeunes dans ses troupes. Histoire d’avoir du sang neuf et des idées nouvelles. Avec mon niveau en programmation, je peux facilement me faire embaucher dans la Maison Bleue même. Et là, j’aurais accès à tous les plans possible et un pass pour entrer comme je voudrais dans les salles dites de haute sécurité. Génial.

Alors que je m’apprête à remercier X pour son aide vraiment précieuse, on nous apporte nos pilules d’Oubli. De petites gélules bleu clair qui paraissent totalement inoffensives mais qui ont un pouvoir énorme sur les êtres humains. Elles peuvent nous faire oublier tout ce qui est possible d’oublier, il suffit de bien doser les nanos à l’intérieur. Je frissonne en avalant la mienne. Même si mon antidote me protège, je n’aime pas l’idée que des petites bêtes électroniques se baladent dans mon corps. Je jette un coup d’œil à X et me demande comment il peut garder l’esprit clair en se retrouvant autant de fois que moi en Cellule. Ce problème sera à éclaircir plus tard. Nos pilules prises, les robots nous laissent sortir. Ils ont fait leur travail.

-Bonŝancon, me murmure X alors qu’on arrive à l’arrêt de Tram devant l’Hôpital. Je n’ai pas besoin qu’ElIott me traduise, je lis dans les yeux de mon ‘’sauveur’’ ce qu’il pense de moi et de ma mission. Je crois qu’à force de ne pas parler, ce garçon a développé un sixième sens qui lui dit exactement ce que je compte faire. Me battre. Et toutes les exterminer. 

Repost 0
12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 20:07

ElIott me balance les Velvets sur la route. Je ne suis pas sensée connaître ce groupe, et encore moins avoir en ma possession quelques-unes de leurs pistes, mais Sweet Janeme met de bonne humeur, alors je prends le risque de me faire légèrement punir. Au point où j’en suis. Je monte dans le tram qui me conduit directement à mon lycée, échangeant les politesses d’usage avec les autres passagers. J’adresse des sourires aux enfants aussi sages que des images et dis bonjour à leurs parents. Je me conduis en parfaite citoyenne de notre bon vieux Vieux Continent. Je suis une sacrée hypocrite.

 

J’arrive dans ma salle d’Histoire alors que notre professeur s’installe à son bureau. Personne ne me regarde et je file en direction du dernier rang, comme toujours.

Je détaille la salle du regard, par habitude. C’est un ancien amphi d’université, ou du moins ça veut y ressembler : murs blanc sale, pas de fenêtres, plafond très haut… Les tables sont collées les unes aux autres et les allées font cinq niveaux. En face des tables, il y a un immense bureau en acier qui ne sert pas à grand-chose, vu que notre professeur ne s’assoit ni n’écrit jamais… et derrière le bureau, un écran qui recouvre tout le mur. Mes yeux se posent sur ceux qui ont décrété depuis longtemps que le mieux à faire était de m’ignorer. Les gens de mon âge. Les lycéens. Je détaille le groupe entier. Il y a Juliette, Thomas, Eric, Jeanne, des gens que je côtoie depuis que j’ai quatre ans, des gens que j’ai vu changer, évoluer, régresser surtout. Aujourd’hui, comme tous les jours, ils se tiennent droits et silencieux. Ils attendent poliment, sans enthousiasme mais sans lassitude non plus, qu’on leur répète ce qu’ils savent depuis qu’ils ont l’âge de savoir des choses. La seule action qu’ils auront jamais faite qui soit contre tout ce qu’on leur a enseigné, c’est m’ignorer et m’exclure du groupe. Oh, attendez… peut-être que c’est moi qui me suis exclue toute seule.


 

L’horloge numérique sonne neuf heures. Le lavage de cerveau va commencer.


 

Notre professeur est un modèle 9.2, c’est donc un robot très performant du point de vue théorique. Il peut prendre en compte pratiquement toutes les questions posées par les élèves et y répondre de manière claire et précise. Mais comme tous les robots construits depuis à peu près un siècle, il se heurte aux ambiguïtés lexicales, structurelles et pragmatiques étudiées par quelques linguistes, dont Hirst en 1987, et qui font que nos langues sont des langues naturelles. Mon ElIott, lui, est programmé de sorte à passer par-dessus ces ambiguïtés. Sans me vanter, je pense avoir pris en compte suffisamment d’informations et lui avoir injecté suffisamment de méta-connaissances pour qu’il puisse comprendre pratiquement tous les énoncés possibles et imaginables, ou demander s’il a besoin de précisions contextuelles par exemple. Il pourrait faire cours à la place du prof, je suis sûre que ce serait beaucoup plus intéressant qu’en ce moment.

Je fixe l’écran qui montre à quel point les humains ne peuvent se débrouiller seuls, au moyen d’archives parlant de la Seconde et de la Troisième Guerres Mondiales, et soupire. L’Etat sait à merveille faire sa propre propagande. Et le pire, c’est que mes concitoyens ne veulent rien voir. Ou alors ils ont trop peur de disparaître… Ou de se faire conditionner dans une de mes cellules favorites.

 

[Note de Baron : Velvets, c'est pas des animaux mignons qu'on jette sur la route u_u C'est The Velvet Underground un groupe qui eut Lou Reed dans ses membres ! M'enfin... http://www.youtube.com/watch?v=nkumhBVPGdg]

 

(à suivre...)

Repost 0
5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 21:42
  1. Le Commencement.


 

Je grimace lorsque la pointe de l’aiguille transperce ma peau, mais soupire de plaisir en sentant la solution chimique couler dans mes veines. Le cauchemar va recommencer. Je regarde par la fenêtre de ma petite chambre obscure et me demande une fois de plus si j’arriverais à vaincre un jour, puis vais ranger ma seringue dans le deuxième tiroir à droite de mon bureau. Quelques minutes plus tard, je m’endors.

Mon monde est un monde parfait. Un monde qui sent bon le magnolia en fleur et la figue qui mûrit au soleil, un monde où tout un chacun est poli et respectueux, un monde où chaque personne se trouve sur un pied d’égalité avec son voisin. Personne n’est exclu, tout le monde est intégré. C’est génial, me direz-vous, une véritable utopie. Là est tout le problème. Une utopie n’a pour rôle que celui d’être un fantasme, elle se doit d’être pensée en long en large et en travers mais de rester fictive. L’utopie a cette particularité de se transformer en dystopie au contact de la réalité, et le monde dans lequel je vis ne déroge pas à la règle. Il est parfait, mais sa perfection cache sa perversion, son inhumanité et sa cruauté. Car toute perfection a un prix, et ce prix est bien souvent trop important par rapport à ce que l’on y gagne.

- AlIs, réveille-toi.

J’ouvre les yeux doucement et tourne la tête en direction d’ElIott. C’est mon petit robot de TEA, Traduction Entièrement Automatisée, qui fait aussi office de réveil, de lecteur de musique et de meilleur ami. Vous devez vous dire que ma vie craint si mon meilleur ami est un robot ayant la forme d’une tête de chat de dix centimètres de hauteur. Vous avez raison.

Je file dans ma minuscule salle de bains pour faire ma toilette et jette un regard distrait au miroir craquelé accroché -par je ne sais quelle magie- au mur en face de ma cabine de douche. Mon visage ressemble à un prototype raté de la série CatLovers 2.0. Il tient d’eux ses yeux en amande étirés, aux pupilles presque verticales et à l’iris vert sombre. Mes sourcils fins sont souvent légèrement froncés et mon regard demeure froid et vague la plupart du temps. Ma bouche est aussi pleine et bien dessinée que celles des modèles 2.0, mais contrairement aux leurs la mienne s’étire très rarement en sourire. Je n’ai pas le temps pour ça. Ma peau est sans taches et mon nez légèrement en trompette. Bref, j’aurais tout aussi bien pu être un robot donneur d’amour pour fétichistes en manque, il n’aurait fallu changer que mon regard et l’espèce de froideur qu’il paraît que je dégage, malgré mes cheveux couleur de feu. Secouant la tête, je me jette dans la cabine et attend patiemment que le laser fasse son office. L’eau n’est disponible que dans les quartiers riches de la ville… Et elle est bien trop précieuse et dangereuse pour se laver avec. Après ma toilette, je m’habille le plus sobrement possible – pantalon de toile foncé, débardeur noir et pull de laine synthétique noir également- et file en cours. Il ne faudrait pas que je rate la Leçon d’Histoire. Ça m’attirerait des ennuis. Et tout le monde sait que je ne veux pas d’ennuis…
 

[notes : Note : AlIs se lit Alice ; ElIott se lit Eliott ; X se lit ix ; Gabriel se lit Gabriel]

(à suivre...)

 

Repost 0

Présentation

  • : La BaronCrapo compagnie
  • La BaronCrapo compagnie
  • : Espace Créatif
  • Contact

Sites Et Blogs Amis