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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 20:26

Il est dix-huit heures. Mes cours sont finis depuis longtemps et la lumière du soleil a fait ses adieux depuis trois heures déjà. Mes camarades doivent tous être devant la télé chez leurs parents, et moi je suis dehors à risquer ma vie pour eux. On ne dirait pas comme ça, mais je suis très altruiste comme fille… Je crochète la porte et arrive à désactiver l’alarme avant qu’elle ne se déclenche. L’entrepôt que je vise ce soir n’est pas très sécurisé, cela devrait être facile. Je me faufile vers la salle principale, rasant les murs de peur d’être remarquée par les caméras de surveillance. Normalement ce soir elles sont sur pause, mais on ne sait jamais. Je soupire de contentement en apercevant une lueur bleutée sur le mur en face de moi. J’arrive à destination. Mes pas deviennent de plus en plus rapides et mon souffle de moins en moins perceptible. Il faut que je me fasse plus petite qu’un acarien si je ne veux pas que les sirènes retentissent. Je parviens finalement dans l’entrepôt à proprement parler. Des dizaines de disques durs rangés dans d’immenses armoires isolantes augmentent la température de la pièce de plusieurs degrés. Je ferme les yeux quelques secondes, me remémorant le plan trouvé sur mon Internet Pirate il y a une semaine. Lorsque je les rouvre, je sais précisément où aller. Je crois bien qu’aucune caméra ne me remarque alors que je traverse l’entrepôt vers la rangée 729. C’est ma clé USB qui me trahit. Je n’ai pas dû la nettoyer assez depuis la dernière fois, ou peut-être que la sécurité a augmenté tout d’un coup, toujours est-il qu’à l’instant même où je la branche une sonnerie stridente retentit. J’ai à peine le temps de la fourrer dans une des poches secrètes d’ElIott que ma vision se trouble. Leur gaz endormant est vraiment à la pointe de la technologie…

Lorsque j’émerge, je ne me trouve plus dans l’entrepôt. Ils m’ont emmenée dans une Cellule d’Intégration. Super. Le robot qui me sert de garde ne me scanne même pas lorsque je me lève. Ils doivent avoir l’habitude finalement. Quoi que, je ne suis pas sûre qu’ils se rendent bien compte que je les ai déjà visités plus de 333 fois. Ils ne sont pas programmés pour ça.

Des robots intelligents… Ça fait longtemps que l’être humain en rêve. Il n’y a pas très longtemps, j’ai retrouvé le cours d’un certain Dominique Pastre, professeur d’informatique à l’Université Paris 5 il y a quelques dizaines de dizaines d’années. Il disait que le rêve de la machine intelligente remonte à l’Antiquité, mais qu’à ce moment-là elle était juste d’origine divine. Et puis, en 1943, les premiers ordinateurs ont fait leur apparition, et on a commencé à penser que c’était vraiment possible. En 1963, Greenblatt a créé un programme d’échecs capable de battre un joueur de niveau normal. On s’est rendu compte qu’il fallait que les programmes aient une « connaissance approfondie du domaine étudié » pour pouvoir traiter celui-ci correctement. Insertion des méta-connaissances dans l’équation. Réalisation de Systèmes Experts, dits SE, qui permettent l’utilisation de ces connaissances. Et puis mon père est arrivé, bien des années après tout ça. Un révolutionnaire. Il rêvait d’un monde uni où chacun aurait sa place. Ses contemporains se relevaient à peine de la Troisième Guerre et le sentiment commun se résumait à « plus jamais ça. ». On ne pouvait plus laisser le pouvoir aux humains, solution trop aléatoire pour l’époque. Alors on a demandé à mon père de créer un gouvernement de machines qui pourraient exercer un pouvoir juste. Les mots clés étaient Intégration – Temporisation & Reconstruction. On pensait que c’était la meilleure solution. Cependant, plus le temps a passé, plus mon père s’est rendu compte que les machines – ses propres machines- évoluaient sans lui, se dénuant d’humanité au fur et à mesure des jours passants. Alors il a créé un antidote à leur dictature : un programme capable de les détruire toutes. Un énorme virus qui emporterait tout sur son passage. Ce virus est caché quelque part, et c’est lui que je cherche depuis des années. Pour continuer l’œuvre de mon père. C’est pour ça que je fouille toutes les bases de données possibles en priant pour trouver l’endroit où est détenue cette arme de destruction massive. Et c’est pour ça que je me pique tous les jours avec une seringue contenant une solution m’empêchant d’oublier ce que le Gouvernement voudrait que j’efface grâce à leurs pilules d’Oubli. Je ne suis pas une résistante comme les autres. J’ai une mission. Et mon compagnon de cellule ne doit pas bien s’en rendre compte. Cela fait deux ans qu’on se retrouve une fois sur deux dans la même pièce, à croire qu’il passe lui aussi sa vie dans les Cellules d’Intégration. On ne s’est jamais parlé. Et pourtant, j’aimerais bien, parce que c’est le seul visage récurrent dans ma vie à part celui d’ElIott. Frustrée, les idées encore embrumées, je fais quelque chose que je ne fais jamais en public : j’enlève mon pull. Je ne jette aucun coup d’œil en arrière, sachant qu’il doit me fixer bêtement. Il se trouve que j’ai un énorme tatouage qui couvre tout le haut de mon dos, assez impressionnant. Mon père m’a dit que c’était l’une des seules pistes pour retrouver le virus, mais avant d’avoir pu m’en dire plus il a disparu, donc ça ne me sert pas à grand-chose. C’est du moins ce que je pensais, jusqu’à ce que…

- Viatatuaje.

Je me retourne brusquement vers mon compagnon de cellule. Plus de deux ans sans dire un mot et il suffit que je me déshabille pour qu’il ouvre la bouche ! J’active ElIott et réussis tant bien que mal à faire répéter le garçon. Mon tatouage. Il a déjà vu ce signe quelque part. ElIott me traduit l’Espéranto de mon compagnon à toute vitesse et je suis assez fière de lui. Je me concentre sur ce que X – puisqu’apparemment c’est son nom – me dit. Il est là depuis très longtemps. Il a vu pas mal de choses. Dont une qui m’intéresse plus particulièrement, et qui de fil en aiguille me fait déduire que…

-Tu veux dire que ce que je cherche se trouve dans la Maison Bleue ? Le Siège du Gouvernement ?

-Jes. Visimple vifaras entrepreni laregistaraj trupoj. Estasfacila.

 

Il suffit que je me fasse engager dans les troupes du Gouvernement. C’est facile, me traduit ElIott. Facile. Le plus fort… C’est qu’X a raison. Le Gouvernement a toujours besoin de plus de jeunes dans ses troupes. Histoire d’avoir du sang neuf et des idées nouvelles. Avec mon niveau en programmation, je peux facilement me faire embaucher dans la Maison Bleue même. Et là, j’aurais accès à tous les plans possible et un pass pour entrer comme je voudrais dans les salles dites de haute sécurité. Génial.

Alors que je m’apprête à remercier X pour son aide vraiment précieuse, on nous apporte nos pilules d’Oubli. De petites gélules bleu clair qui paraissent totalement inoffensives mais qui ont un pouvoir énorme sur les êtres humains. Elles peuvent nous faire oublier tout ce qui est possible d’oublier, il suffit de bien doser les nanos à l’intérieur. Je frissonne en avalant la mienne. Même si mon antidote me protège, je n’aime pas l’idée que des petites bêtes électroniques se baladent dans mon corps. Je jette un coup d’œil à X et me demande comment il peut garder l’esprit clair en se retrouvant autant de fois que moi en Cellule. Ce problème sera à éclaircir plus tard. Nos pilules prises, les robots nous laissent sortir. Ils ont fait leur travail.

-Bonŝancon, me murmure X alors qu’on arrive à l’arrêt de Tram devant l’Hôpital. Je n’ai pas besoin qu’ElIott me traduise, je lis dans les yeux de mon ‘’sauveur’’ ce qu’il pense de moi et de ma mission. Je crois qu’à force de ne pas parler, ce garçon a développé un sixième sens qui lui dit exactement ce que je compte faire. Me battre. Et toutes les exterminer. 

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